Quotidien mémétique

 

Ce corpus part d’un désir d’appropriation de la sculpture et de l’abstraction dans ma pratique. De nombreux éléments abstraits entourant les figures sont en fait peints d’après de petites sculptures textiles. Réalisées au tout début du confinement iconique du printemps 2020, elles consistent en un amalgame de matières usagées, seuls matériaux à ma disposition. De fil en aiguille (littéralement), ces éléments de recherche devinrent les fruits de natures mortes quelque peu désespérées, me mettant en scène avec d’autres objets plus identifiables et des textiles choisis pour leurs qualités plastiques et leur potentiel nostalgique. La récurrence de certains items à travers les pièces de la série, les clins d’oeil à la crise sanitaire mondiale teintés d’humour noir et l’inclusion de mes propres référents culturels confèrent à la série certaines qualités mémétiques que les titres dévoilent au regardeur à demi-mot.

Collages & Assemblages

Popularisé en tant que technique plastique par les cubistes, dadaïstes et surréalistes du XXe siècle pour produire de nombreuses œuvres subversives, le collage sert dans ma pratique comme outil de composition. Je peins ensuite à partir de ces maquettes, en les mettant de côté par moment pour tirer avantage des possibilités propres au médium.

Paysages carnivores

Avec leurs parcours sinueux à travers la forêt boréale, les routes 138 et 389 sont inévitablement le théâtre de confrontations fatales entre la civilisation et la nature. C’est une peur typiquement nord-côtière que de craindre de frapper un cervidé avec son véhicule en prenant la route après le coucher du soleil. Peu importe l’espèce, la vue d’une bête écrasée en bordure de route n’est également pas quelque chose de très plaisant pour la plupart des gens, tant après coup que dans le cœur de l’action. C’est malgré tout un élément omniprésent dans le paysage de la région.

C’est d’ailleurs l’idée d’un paysage, prédateur à sa façon, qui m’a inspiré le titre Paysages carnivores pour cette série de 5 tableaux montrant à très grande échelle des détails d’animaux accidentés retrouvés près d’autoroutes. Sans devenir abstraits, ils facilitent l’exercice de faire abstraction du sujet grâce au format de ses éléments et à leur composition. De surcroît, la facture visuelle adoucit et sature de couleurs riches. On peut alors y voir de grands paysages fictifs aux teintes saturées, chaudes et carnées. Le regardeur se retrouve ainsi à apprécier les textures et les couleurs pour leurs qualités intrinsèques malgré le sujet, qui lui n’évoque habituellement aucune beauté, bien au contraire. Cette contradiction questionne l’idée du beau et du dégoût, le rapport entre chairs alimentaires et chairs corporelles. Il faut redéfinir les frontières entre l’interne et l’externe, entre le malaise acquis et son objectivité.

La série rend en même temps compte des sacrifices nécessaires à une accessibilité du territoire pour ses habitants, un enjeu dont l’importance est difficile à cerner lorsque l’on est issu des grands centres.